
Pourquoi ce maintien dans la figuration? Tout simplement par un attachement quasi atavique au dessin, discipline que l'artiste a pratiquée toute sa vie et auquel il lui était impensable de renoncer, tant elle est source de plaisir. Le dessin, dans la diversité de ses moyens , est l'outil premier pour rendre compte de ce que la nature offre de beautés et d'émotions à un regard sensible. Un moyen rapide, allant droit à l'essentiel, un moyen économe, allusif, suggestif, permettant mieux que bien d'autres outils plus élaborés la projection dans l'imaginaire.
Et pourquoi le nu féminin? Car c'est un thème éternel, source d'émotions fondamentales, et un thème inépuisable pour qui a pour passion de traquer et de restituer les formes, les volumes, les lignes, les rythmes, les lumières. C'est aussi, de façon plus pratique, un thème d'atelier, donc un thème offrant une grande commodité à qui veut échapper à la quête fastidieuse du sujet.
En guise de modèle, point n'est besoin de beauté plastique exceptionnelle. Au contraire plutôt. Tout comme pour le paysage, les sujets sublimes font souvent les plus mauvais dessins; laissons-les aux amateurs de cartes postales ou de photos de mode. Ce que le dessinateur attend de son modèle, c'est, outre la grâce éventuelle, de la présence, du caractère, et des poses exaltant la richesse de l'anatomie humaine, sa force, sa plénitude,son harmonie, voire sa rudesse, sa fragilité ou son délabrement.( Mais hélas des modèles âgés ou usés sont difficiles à recruter)
Du dessin, discipline fondamentale, on glisse aisément au modelage, à la sculpture, que l'artiste perçoit comme du dessin en trois dimensions. Et comme pinceaux et tubes de couleur sont là, à disposition, pourquoi de temps à autre ne pas s'offrir la friandise d'une déclinaison du dessin en peinture de chevalet, occasion de quelques fantaisies de couleur, de matière, de mise en page? Michel Mancel travaille essentiellement pour son plaisir. Profit et notoriété ne le préoccupent guère. Mais s'il peut partager ce plaisir avec autrui, pourquoi pas?